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Les astuces d’un champion de la mémoire !

Le poulpe s’est entretenu (en total respect des règles de distanciation) avec le champion de la mémoire Sébastien Martinez. Sébastien est devenu le premier champion de France de mémoire en 2015 et vice-champion du monde avec l’équipe de France en 2018 ! La mémorisation est donc sa spécialité. En plus, il a grandi dans le Sud, comme Alezzi ! Le poulpe lui a demandé quelques conseils…

Comment êtes-vous devenu « champion de mémoire » ?

En participant à des compétitions ! J’ai découvert leur existence quand j’étais élève ingénieur, suite à mon échec au Toeic [ndlr : certificat de langue anglaise]… J’ai donc cherché des techniques de mémorisation. En pratiquant régulièrement, ça a marché et j’ai trouvé ça génial !

J’ai compris qu’apprendre à apprendre est un vrai super-pouvoir !

On devrait apprendre ces techniques dès la maternelle. Puis j’ai donné des cours de soutien scolaire, ce qui m’a amené à me poser cette question : comment inspirer mes élèves ?
Le plus important pour montrer c’est d’être intègre et de pratiquer moi-même. Donc j’ai participé à un premier championnat en 2014 : je n’étais pas entrainé, j’étais dans les choux. Alors je m’y suis mis sérieusement et au bout d’un an de pratique, je deviens champion de France.

[Palmarès de Sébastien :

2015 Champion de France

2017 Vice-champion de France

2018 (au sein de l’équipe de France) Vice-champion du monde]

Vous répétez dans vos livres que tout le monde est capable d’améliorer sa mémoire. Il n’y a pas de capacités innées de mémorisation alors ? C’est possible à tout âge ?

Oui, c’est tout à fait possible pour tous et à tout âge. On a tous un cerveau incroyable. Notre mémoire est comme un disque dur avec une capacité infinie de stockage. Lorsqu’on s’entraîne à mémoriser, on entraine la capacité à écrire le contenu de ce disque dur.

Bien sûr plus on commence jeune et plus c’est facile, mais peu importe l’âge de départ, on progresse toujours.
 

Comment fait-on pour « rendre familier ce qui nous est inconnu » ?

C’est donner du sens aux informations à retenir. Ce sens peut être rationnel ou loufoque.

Par exemple, en ce moment, je forme des étudiant·e·s de médecine à la mémorisation. Ils·elles doivent retenir de nombreuses étymologies.

  • Je dois retenir que « scléro » veut dire « dur ». Scléro > clé ronde > on imagine qu’on tape sur un caillou avec une clé ronde. On a donc créé un lien loufoque en faisant des analogies, en se racontant des histoires.
  • Je dois retenir que « alb » veut dire « blanc » > je connais « albinos ». C’est un lien direct et rationnel qui ne fonctionne que si j’ai déjà des connaissances dans le domaine.

Ces techniques, c’est planter une graine, une connexion pour que l’apprenant commence à construire son réseau de connaissances dans le domaine.

 

C’est quoi exactement un « palais mental » ?

C’est une méthode inventée il y a 2500 ans qui permet de mémoriser une liste / un discours en s’appuyant sur la mémoire visio-spaciale.

On prend un lieu que l’on connait (une pièce de chez soi par exemple) et on distingue plusieurs arrêts pour se construire un itinéraire : porte d’entrée, canapé, télé, buffet… On va ensuite imaginer des associations pour stocker des images.

Si je dois retenir la liste des apprenants présents lors de ma formation, j’associe une personne à chaque arrêt. Thomas = je jette des tomates sur la porte d’entrée. Aurélie = il y a de l’or qui lit le journal sur le canapé, etc.

Et pour me souvenir, je refais le trajet depuis le départ.

 

Comment ne pas saturer d’informations en nous rajoutant en mémoire tous ces moyens mnémotechniques ?

La mémoire n’est pas saturable à long terme. Plus tu connais d’informations, plus c’est facile. La saturation peut être vraie à court terme.

Pour apprendre, on a besoin de passer par les 5 sens.

 

Dans le contexte d’une formation, quelles seraient vos conseils pour aider les apprenants à retenir des contenus ?

Il y a 3 clés pour guider les apprenants :

  • Gérer leur attention

Faites des pauses ! Il faut savoir qu’il existe l’attention focalisée qui peut durer 20 minutes, puis il y aura forcément des décrochages, c’est l’attention diffuse. Le formateur a besoin de l’attention focalisée de ses apprenants. Son attention focalisée à lui, qui connait son sujet, peut aller jusqu’à 40 ou 45 minutes. Il faut donc se forcer à faire des pauses. Favoriser la frustration d’arrêter rapidement après le début, plutôt que l’écœurement d’avoir poussé trop loin. Dans mes formations comme avec mes étudiants, je pratique la méthode « pomodoro » : 25 minutes d’attention /5 minutes de pause.

  • Les aider à faire des associations 

En donnant des exemples, des idées d’associations comme nous l’avons décrit tout à l’heure. Plus une idée est folle, plus elle est mémorable…

  • Consolider

On peut le faire de manière passive, c’est-à-dire en laissant les pauses et le sommeil, et de manière active en faisant répéter. A la fin de chaque séance, on les fait noter sur une feuille blanche ce qu’ils ont retenu afin de capitaliser. En formation longue, c’est au moins toutes les ½ journées. Ou alors on peut proposer un quizz pour permettre une finesse dans les réponses. Mais surtout on peut se forcer à  avoir l’impression de se répéter, d’être même pénible !
 

Et à distance, comme de nombreuses formations ces temps-ci, cela change-t-il quelque chose sur la rétention d’informations? Avez-vous des astuces particulières pour le e-learning ?

Si on reprend les 3 clés :

  • Cela change complètement la qualité de l’attention. La formation à distance demande plus d’attention à la fois aux formateurs et aux apprenants. Il n’y a plus ou moins la communication non-verbale qui aide à la compréhension. Cela demande beaucoup plus d’énergie. Mon conseil encore une fois : faire plus de pauses pour casser le rythme, en les lançant en binômes sur tout autre chose par exemple (un sujet d’actu, un chifoumi, n’importe quoi). C’est un peu comme faire du fractionné en sport. Dans le cadre, par exemple, d’une classe virtuelle : elle doit durer maximum 2h et contenir au minimum 3 pauses.
  • Les associations sensorielles sont amenuisées à distance. Vous êtes toujours dans un même lieu, contrairement à quand la formation se déroule dans un lieu particulier. La mémorisation n’est pas la même. Il faut donc encore plus essentiellement proposer un univers, raconter des histoires, aider l’apprenant à imaginer.
  • Au contraire, la distance peut être un avantage pour la consolidation : les moments d’apprentissage sont souvent plus récurrents dans le temps, ce qui est un gros bénéfice pour répéter. Par contre, il y a moins de temps mort entre les réunions parfois, ce qui rend encore plus nécessaire de faire des temps d’arrêt entre chaque formation. On oublie aussi souvent que cela diminue les interactions post-formation entre les apprenants, qui sont tout autant de rappels informels des apprentissages.

 

En période de confinement, vous conseilleriez un exercice en particulier pour entretenir sa mémoire ?

Essayer de se ménager des temps de pauses où on ne fait rien. Mais rien, pas de réseaux sociaux, pas de lecture etc. Pour l’inspiration. Le cerveau trie. La méditation, c’est de la non productivité.

 

Aujourd’hui, vous menez vous-même des formations, vous écrivez des livres… Avez-vous encore le temps d’améliorer votre mémoire ? C’est un entraînement au quotidien ?

Justement, la méditation est devenue une hygiène de vie pour moi aujourd’hui. S’entrainer à l’attention. Faire des allers-retours entre nos respirations et nos pensées qui s’évadent. S’entrainer à revenir sans cesse à notre respiration. On part plein de fois dans nos pensées sans s’en rendre compte. Dans la vraie vie ensuite, ça aide à être plus présent, et même plus productif.

Sinon je m’entraîne tous le temps à créer des liens. Lorsque j’accompagne des étudiants de l’école du Louvre par exemple, je m’immerge dans des univers qui me sont inconnus. Pour leur donner des astuces pour apprendre des hiéroglyphes, je crée de nouvelles histoires. Je m’amuse beaucoup !

Et enfin, une fois par semaine je m’entraine de manière plus formelle sur des épreuves de championnats.

 

 

Merci Sébastien pour toutes ces astuces de champion ! Le poulpe vous conseille aussi d’aller visiter son site internet et son blog pour aller plus loin dans la méthode Martinez. Sébastien propose des formations, des conférences et intervient même dans les écoles et les universités.